La situation se répète. Malgré les promesses d’amélioration économique que vantent les autorités fédérales, les signataires des principales conventions collectives de travail (CCT) en Suisse ont convenu d’une augmentation moyenne de 0,5% des salaires effectifs et de 0,8% des salaires minimaux pour 2026. Un chiffre qui s’affiche comme un crève-cœur quand on le compare à l’inflation réelle.
En tenant compte des prévisions de renchérissement pour 2026 (+0,6%), les salaires réels dans le domaine conventionnel ne devraient pas augmenter cette année. Traduction simple: les travailleurs qui bénéficient de ces accords négociés vont perdre du pouvoir d’achat. Encore. Toujours. Les quelque 700’000 personnes concernées par des accords sur les salaires effectifs continueront donc à appauvrissement silencieux, tandis que Berne brandit des chiffres de croissance économique.
Le secteur de la construction paie un tribut particulièrement lourd. Les salaires dans la construction ont connu en 2026 une évolution particulièrement anémique. Au contraire, les salaires effectifs ont augmenté de 0,2% dans le secteur secondaire et de 0,8% dans le secteur tertiaire, avec les transports et entreposage en tête à +1,2%, suivis des activités financières et d’assurance à +1%. Le clivage saute aux yeux: finance et services s’en sortent, ouvriers et employés de base stagnent.
Un marché du travail paradoxal
Or, chose troublante, selon le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), la Suisse comptait 140 480 chômeurs en septembre, soit 7 247 personnes supplémentaires par rapport à septembre 2025, une hausse de 5,4%, avec un taux de chômage qui s’établit à 3%, contre 2,8% un an auparavant. L’apparence d’une économie florissante cache une précarité montante pour les salariés ordinaires. Le nombre de postes vacants annoncés aux offices régionaux de placement (ORP) a bondi de 18,3%, atteignant 44 199 offres, mais ces offres ne correspondent clairement pas aux attentes salariales de ceux qui recherchent du travail.
Depuis quatre ans, la Suisse repousse un problème fondamental: la déconnexion entre les marges patronales (qui augmentent) et les salaires réels (qui stagnent ou reculent). Les syndicats crient au scandale. Les travailleurs serrent les dents. Et Berne regarde ailleurs, comme à son habitude.