Les chiffres paraissent rassurants en surface. Les salaires suisses devraient augmenter d’environ 1% en moyenne nominale en 2026, contre 1,4% en 2025, selon l’enquête UBS de novembre 2025 menée auprès de 388 entreprises. Une progression, certes modérée, mais une progression. Sauf que dans la réalité des portefeuilles romands, ce calcul ne signifie presque rien.
Après une inflation attendue autour de 0,5% à 0,7%, la hausse réelle du pouvoir d’achat serait proche de 0,5%. Voilà la vraie histoire. Tandis que les médias économiques célèbrent un rebond salarial, le travailleur romand verra son salaire augmenter en réalité d’une demi-point de pourcentage. Autrement dit : du vent.
Le grand mensonge du budget personnel des entreprises
L’enquête UBS révèle une donnée encore plus inquiétante. Près d’une entreprise sur six ne prévoit aucune augmentation. Plus précisément, 68% des entreprises interrogées ne prévoient aucune augmentation, voire une réduction, de leur budget alloué aux coûts de personnel.
Ceux qui parlent d’une hausse moyenne de 1% omettent volontairement ou involontairement ce détail crucial : la majorité écrasante des patrons gèlent ou réduisent leur masse salariale. Ceux qui augmentent tirent l’ensemble vers le haut. Les gagnants sont peu nombreux; la majorité des salariés, stagnante.
Une géographie du déni
L’informatique et les télécommunications mènent avec environ +1,7%, suivies de la construction, de l’hôtellerie-restauration (≈ +1,5%) et de l’automobile (≈ +1,3%). Pas difficile de voir le portrait : quelques secteurs technologiques ou de niche parviennent à négocier de minuscules hausses. Partout ailleurs, c’est l’immobilisme. Et la Suisse romande, région de PME, d’artisanat et de commerce de détail, n’est généralement pas le terrain de la tech.
La réalité économique romande reste donc celle-ci : la progression des salaires devrait retrouver en 2026 un niveau comparable à celui d’avant la pandémie de Covid-19, mais dans un contexte différent. Selon les prévisions, la hausse moyenne des salaires s’élèverait à 1,3%. Un retour à la normale d’avant crise, certes. Mais une normale qui n’a jamais aidé personne à lutter efficacement contre le coût du logement ou les primes de santé qui explosent.
Le silence des syndicats romands
Aucune mobilisation majeure n’a encore accompagné ces chiffres. Les syndicats romands, occupés par les dossiers plus immédiatement visibles (licenciements, déficits de l’assurance-chômage), semblent attendre l’automne pour se positionner. Mais entre ici et la signature des premières conventions collectives de 2026, le temps presse.
Que dire aux militants, aux salariés? Que 1% de nominale correspond à une perte nette de pouvoir d’achat de 0,2% si l’inflation monte à 1,2%? Que la promesse d’augmentation salariale est devenue une simple formalité statistique, vidée de sens?
En Suisse romande, les comptes devront être limpides dès janvier 2026. Car c’est là que se joue vraiment l’enjeu : non dans les chiffres moyens, mais dans ce que les travailleurs verront réellement en bout de mois. Et si les prévisions se confirment, ce sera bien moins que ne le laisse croire la belle annonce de 1% d’augmentation.