Migros annonce la fusion de ses dix coopératives régionales en une seule entité. Selon Mario Irminger, directeur du géant suisse de la distribution, le nombre d’emplois supprimés ne se chiffrera « certainement pas » en milliers. Or, les chiffres circulant dans la presse brossent un tableau bien différent : le journal SonntagsZeitung évoque un potentiel d’économies de 300 à 400 millions de francs par an, ce qui pourrait entraîner la suppression de 3000 postes.
Cette réorganisation intervient seulement un an après une première vague d’austérité massale. Une première cure d’austérité avait coûté quelque 1500 emplois. Au total, depuis 2025, ce sont potentiellement 4500 postes qui pourraient disparaître, une saignée pour une entreprise qui emploie actuellement quelque 80’000 collaborateurs.
En Suisse romande, Migros envisage en outre de fermer à fin 2027 la Centrale Traiteur sur son site industriel vaudois d’Écublens, et quelque 57 emplois sont menacés. Ces suppressions s’ajoutent aux doutes exprimés par les régions romandes sur la forme du projet. Beaucoup redoutent une perte d’autonomie des régions et un effacement des valeurs coopératives historiques.
Le flou stratégique du management
L’objectif affiché est de supprimer la structure complexe qui fait actuellement coexister des directions nationales et régionales, avec des doublons dans certaines tâches. À première vue, la logique paraît légitime. Mais elle masque une opération de compression à grande échelle, particulièrement ciblée sur les fonctions administratives.
Des chiffres erronés circulent dans les médias, assure Irminger, sans pour autant clarifier les vrais chiffres. « Je ne souhaite pas établir aujourd’hui un tel chiffre », précise-t-il, soulignant à nouveau que les doublons au sein de la direction et des administrations seront supprimés. Cette esquive révèle un malaise : le management reconnaît implicitement que la restructuration creusera dans les effectifs administratifs, mais refuse de chiffrer l’ampleur réelle du phénomène.
Une transition reportée, des emplois sacrifiés demain
La réorganisation ne provoquera aucune suppression de poste dans les coopératives régionales avant mi-2028. Cette promesse creuse offre aux salariés un sursis, non un avenir : les suppressions sont simplement reportées à l’horizon du second semestre 2028, quand la fusion sera finalisée.
Olivier Gumy, directeur de la coopérative Migros Neuchâtel-Fribourg, se veut rassurant sur l’avenir du réseau de vente et des producteurs régionaux, mais reconnaît que des suppressions de postes sont à prévoir dans les structures administratives.
Le contexte s’aggrave pour les salaires et l’emploi en Suisse romande, où la destruction de postes qualifiés aux services administratifs frappe des catégories de travailleurs déjà fragilisées par l’inflation et l’érosion du pouvoir d’achat. Cette restructuration Migros, présentée comme inévitable et moderne, accélère un retrait social du plus grand employeur de la grande distribution suisse, exactement au moment où les ménages romands peinent à boucler leurs fins de mois.