Le rapport 2026 sur le produit intérieur brut romand, dévoilé lundi par les six banques cantonales et le Forum des 100, confirme une croissance régionale de 1,9%, apparemment solide face aux turbulences internationales. Mais en creusant les chiffres, le tableau devient nettement moins rassurant pour les habitants de Suisse romande.

En septembre 2026, l’inflation s’établissait à 1%, tandis que le chômage atteignait 4,3% en Suisse romande, contre 3% au niveau national. Cette écart de 1,3 point révèle une fragilité structurelle : la région romande peine à créer des emplois au même rythme que le reste du pays, malgré une croissance économique respectable.

Une croissance qui ralentit

Le produit intérieur brut romand devrait progresser de 1,9% en 2026, après une hausse de 2,2% en 2025. La trajectoire s’avère déclinante : le ralentissement devrait se poursuivre en 2027, avec une croissance attendue de 1,5%. Voilà le véritable message des données publiées par l’Institut Quantitas de la HES-SO. La croissance économique romande n’est pas en expansion, elle s’érode progressivement année après année.

Pour mettre cela en perspective, le Secrétariat d’État à l’économie anticipe une progression du PIB suisse de 1,7% en 2026 et de 1,6% en 2027. Autrement dit, la Suisse romande ne surperforme son pays que marginalement, et cet avantage s’amenuise dangereusement.

Le mythe du marché intérieur protecteur

Les banques cantonales et le Forum des 100 insistent sur la robustesse du marché intérieur comme facteur de stabilité. Les activités tournées vers la demande domestique ou peu sensibles à la conjoncture représentent 47% du PIB romand et 56% des emplois de la région. Cette concentration cache une réalité moins flatteuse : malgré les tensions géopolitiques, le protectionnisme et les incertitudes commerciales, la Suisse romande continue d’afficher une relative solidité économique. Le mot-clé ici est « relative ».

L’économie neuchâteloise, comme celle de tous les cantons romands, est dynamique mais volatile face aux aléas géopolitiques internationaux. Cette volatilité affecte toute la région : face aux chocs externes, il suffit de peu pour basculer d’une croissance modeste à une contraction.

Les failles ignorées par les instances officielles

Le rapport met l’accent sur les points positifs, mais omet les fractures qui fragilisent la région. Le chômage structurellement plus élevé qu’au plan national persiste depuis des années. Des secteurs clés comme la restauration continuent de souffrir d’une perte de rentabilité chronique, tandis que la viticulture romande traverse une crise sans précédent. Les petites et moyennes entreprises, colonnes vertébrales du tissu économique régional, demeurent sous tension permanente.

Le prétendu « miracle économique romand » n’est finalement que la preuve de la résilience des structures existantes, pas d’une dynamique créatrice d’emplois de qualité ou d’une modernisation en profondeur. La région avance, certes, mais elle piétine sur les vraies questions : pourquoi le chômage reste plus élevé qu’ailleurs ? Pourquoi la croissance s’érode d’année en année ? Pourquoi les revenus des travailleurs ne suivent pas l’inflation malgré cette croissance ?

Les banques cantonales préfèrent célébrer une stabilité confortante plutôt que d’interpeller les autorités romandes et fédérales sur les réformes structurelles urgentes. Pendant ce temps, les ménages romands ressentent chaque mois davantage le poids de l’incertitude.

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