Les chiffres de croissance affichés par les autorités suisses la semaine dernière donnent l’impression d’un redressement miraculeux. Elles ont relevé sensiblement leurs prévisions de croissance à 1,7% pour l’ensemble de 2026, contre une précédente estimation de seulement 0,9%. De quoi pavoiser à Berne et célébrer la résilience helvétique face aux turbulences mondiales.

Sauf que cette acceleration, spectaculaire sur le papier, provient d’un seul phénomène: un rebond conjoncturel du deuxième trimestre. Le PIB suisse a progressé de 1,5% au deuxième trimestre 2026, après une hausse de 0,5% au premier trimestre, la progression trimestrielle la plus importante enregistrée depuis 2021. Un pic qui n’efface rien du contexte plus large : l’économie suisse aborde l’automne 2026 avec un visage plus solide qu’attendu, la croissance s’étant accélérée et les exportations ayant bénéficié d’une forte contribution du secteur chimique et pharmaceutique.

Mais voilà l’hic que nul ne mentionne dans les communiqués triomphalistes. Ces chiffres témoignent d’une capacité de résistance importante de l’économie helvétique, mais ne signifient pas que tous les problèmes sont réglés, la Suisse restant fortement dépendante de la conjoncture mondiale, de la demande européenne et de ses exportations.

Une dépendance qui ne dit pas son nom

Quand on creuse le dossier, les fissures réapparaissent immédiatement. Les tensions commerciales, les prix de l’énergie, les incertitudes géopolitiques et l’évolution du franc suisse continuent de peser sur les perspectives. En particulier, les droits de douane américains persistent comme une épée de Damoclès. Si des droits de douane de 15% sur les produits pharmaceutiques sont introduits début 2026, les droits de douane américains devraient réduire le PIB suisse de 0,9 point de pourcentage l’année prochaine, la croissance devant ralentir à 0,6%.

Cela veut dire que le rebond observé au second trimestre pourrait se vaporiser dès que les tarifs américains se durcissent. Et le secteur pharma, déjà fragilisé par ces tensions tarifaires, restera le ventre mou de cette supposée reprise. Au troisième trimestre, l’économie suisse a vu sa croissance reculer de 0,5%, les droits de douane ayant pénalisé la chimie-pharma, dont la valeur ajoutée a flanché de 7,9% entre juillet et septembre.

L’illusion du « rebond »

En réalité, ce que les autorités présentent comme une reprise robuste relève plutôt d’un phénomène de rattrapage après un creux. Les vents contraires continuent de souffler sur l’industrie, une croissance du PIB de 1,0% étant prévue pour 2026. Rappelons-le : 1% de croissance, c’est ce que redoutaient les analystes à peine quelques mois plus tôt. Et c’est loin d’être exaltant pour une économie qui prétend à l’excellence.

La consommation intérieure tient bon, certes. Le marché intérieur continue de se montrer solide et reste un pilier fiable de la croissance, la consommation privée profitant de l’immigration et de la nette hausse des salaires réels depuis 2024, l’inflation étant tombée à un niveau proche de zéro. Mais cette béquille interne ne compense pas l’instabilité chronique du commerce extérieur.

Voilà le vrai portrait de l’économie suisse en automne 2026 : une machine tirant ses forces de la demande interne, vivant sous le joug des tarifs douaniers américains, et accrochée désespérément aux secteurs de haute gamme. Les chiffres relookés que Berne sort en fanfare ne racontent qu’une infime partie de l’histoire. Le reste demeure sous tension, fragile, et terriblement dépendant de variables que la Suisse ne contrôle pas.

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