Les autorités suisses affichent un sourire triomphant. L’économie devrait progresser de 1,7 % en 2026, contre une précédente estimation de seulement 0,9 %. Un rebond spectaculaire qui aurait dû rassurer les Romands. Sauf qu’il ne rassure personne. Depuis septembre, les faillites de petites et moyennes entreprises bondissent de 55% en un semestre. Pendant que Berne célèbre ses projections de croissance, les entrepreneurs romands serrent les dents.
Un spectacle de statistiques creux
Le produit intérieur brut suisse a progressé de 1,5 % au deuxième trimestre 2026, après une hausse de 0,5 % au premier trimestre, marquant la progression trimestrielle la plus importante enregistrée depuis le troisième trimestre 2021. Les chiffres dansent sur la page, mais qui danse dans l’économie réelle?
Cette croissance repose sur un socle fragile. Les exportations ont bénéficié d’une forte contribution du secteur chimique et pharmaceutique. Autrement dit, quelques géants portent tout le poids d’une économie qui vacille. La masse des petites entreprises, la vraie colonne vertébrale de la Romandie, ne profite de rien. Elle continue de suffoquer sous le poids des réglementations, des coûts énergétiques explosifs et de la concurrence mondiale sans pitié.
Derrière le rideau, la tempête
Ces chiffres ne signifient toutefois pas que tous les problèmes sont réglés. La Suisse reste fortement dépendante de la conjoncture mondiale, de la demande européenne et de ses exportations, tandis que les tensions commerciales, les prix de l’énergie, les incertitudes géopolitiques et l’évolution du franc suisse continuent de peser sur les perspectives. Un diagnostic qui finit par être honnête, mais que Berne préfère glisser sous le tapis lors de ses conférences de presse.
La compétitivité de la place économique suisse est sous pression, et la menace de nouvelles réglementations ne répondant pas à une nécessité plane dans les domaines de la durabilité ou des banques. Pendant ce temps, les entreprises romandes doivent se battre sur plusieurs fronts à la fois.
Le châtiment de la Suisse romande
Ce qui frappe le plus, c’est l’indifférence avec laquelle les pouvoirs publics comptabilisent ces progrès. La croissance de 1,7 % cache une réalité régionale bien plus clivée. Les PME romandes, notamment les secteurs de l’agroalimentaire, de l’horlogerie et des petits métiers, ne sont jamais mentionnées dans ces rapports rassurants. Elles sont le bruit statistique qu’on oublie.
Les faillites explosent, les emplois se suppriment, les vignerons demandent une aide psychologique d’urgence. Pendant ce temps, Berne ajuste ses projections à la hausse et se tapote le dos. C’est le jeu qui se répète depuis des années: afficher une croissance nationale qui gonfle les comptes des grandes entreprises, ignorer la réalité précarisée des régions, surtout la Romandie.
Cette croissance de façade ne trompe plus personne. Les Romands savent d’expérience amère que les bons chiffres à Berne ne sont jamais accompagnés d’une amélioration tangible de leurs conditions. Le discours officiel se vide de sens quand les petites entreprises ferment les unes après les autres et que les salaires ne suivent pas l’inflation réelle.
La Suisse affiche 1,7 % de croissance. La Suisse romande, elle, compte ses morts économiques.