C’est fait. Dimanche 29 septembre, la Suisse a fermé la porte à deux initiatives ambitieuses : celle sur la neutralité, d’une part, et celle sur l’alimentation durable, de l’autre. Deux rejet nets qui en disent long sur l’état du débat démocratique dans le pays et sur les priorités réelles des électeurs.

Le mirage de la démocratie directe

L’initiative pour la neutralité stricte aurait pu redéfinir la posture helvétique face aux turbulences géopolitiques mondiales. L’initiative pour l’alimentation durable aurait pu engager la Suisse sur le chemin des régimes alimentaires écologiquement responsables. Deux ambitions raisonnables, deux appels au changement systémique. Et pourtant, l’électorat a dit non.

Ce n’est pas la première fois. Comme l’a montré la trajectoire éditoriale de ce journal, la Suisse romande s’enlise dans un pattern : accepter l’austérité budgétaire, rejeter les réformes de fond, voter contre les intérêts du travail et de l’environnement. La mécanique est devenue prévisible.

Qui a gagné ?

Ceux qui gagnent toujours : le grand patronat, la droite souverainiste et ses porte-parole médiatiques. Les campagnes de peur, sur la neutralité, vue comme une menace contre la prospérité économique, ou sur l’alimentation durable, présentée comme une charge supplémentaire pour les paysans, ont fonctionné. Comme d’habitude.

À l’inverse, ceux qui perdent, ce sont les militants écologistes et de gauche qui ont dépensé des énergies considérables pour porter ces textes. Ce sont aussi les travailleurs ruraux et les petits agriculteurs, qui auraient pu bénéficier d’une transition alimentaire mieux structurée. Et ce sont surtout les générations futures, pour qui la neutralité suisse reste une illusion confortable tandis que le climat continue sa dérive.

Le silence assourdissant de l’establishment

Ce qui frappe, c’est l’absence de débat véritable. Les médias helvétiques ont-ils mis en lumière les vraies enjeux ou se sont-ils contentés de relayer les discours officiels ? Les syndicats ont-ils mobilisé leurs troupes ou ont-ils choisi la neutralité bienveillante envers des initiatives concurrentes ? La gauche romande, elle, s’en remet à la vertu de campagnes de proximité insuffisantes face à des budgets communicationnels infiniment supérieurs.

Le peuple a parlé. Mais on peut légitimement se demander sur quelles informations il a fondé son choix et qui, vraiment, a contrôlé le narratif électoral.

La Suisse continue sa route

Neutralité molle, agriculture conventionnelle, statut quo économique. La Suisse a choisi. Elle vote régulièrement pour des formules qui la rassurent et la maintiennent dans une posture de confort apparent, tandis que les vrais problèmes, changement climatique, inégalités de revenus, domination des multinationales, s’aggravent silencieusement.

C’est le paradoxe helvétique : une démocratie directe qui choisit régulièrement de ne rien changer au moment même où tout s’effondre.

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