Les coteaux valaisans ne resonent plus du même optimisme. La viticulture romande traverse une crise historique avec une chute de 33% de la consommation de vin suisse en trente ans. Derrière les chiffres se cachent des drames humains : des vignerons valaisans reçoivent un soutien psychologique d’urgence, certains se déclarent au bord du suicide face aux dettes.
Le choc est brutal pour un secteur qui incarnait la fierté romande. Les coûts de production en Suisse restent extrêmement élevés : sur les coteaux valaisans, ils peuvent atteindre 40’000 francs l’hectare. Face à cette équation intenable, les vignerons jettent l’éponge. Partout en Suisse romande, des parcelles de vignes disparaissent, pas pour être replantées, mais parce que leurs propriétaires n’arrivent plus à vendre leur raisin ou leur vin.
L’abandon des négociants aggrave le cauchemar
À cette hémorragie structurelle s’ajoute un coup de grâce commercial. Le groupe Schenk a annoncé à plus de 200 vignerons vaudois et genevois la fin de ses achats dès la vendange 2026. Ces décisions qui tomment comme des guillotines transforment la crise en débâcle. Les restaurants, les particuliers et la grande distribution achètent tous moins. Des vignerons appellent leur organisation professionnelle pour demander une aide financière, mais aussi parfois pour exprimer une profonde détresse psychologique.
Un responsable du secteur l’exprime sans détour : “Cette crise, de mémoire de quatre générations, est sans précédent”, affirme Mathias Delaloye, vigneron-encaveur à Ardon.
Berne navigue entre laisser-faire et bricolage
Le Conseil fédéral se demande encore comment réagir. Le Conseil fédéral doit décider cet automne d’une révision du contingent d’importation de 170 millions de litres de vin étranger. Une grande partie des vignerons romands réclame une modification des règles d’importation.
Mais protéger davantage l’industrie suisse ne règle pas le problème de fond : une consommation en chute libre depuis des décennies, des coûts de production parmi les plus élevés du monde, et une capacité à créer du prestige insuffisante pour contrebalancer le déclin du marché domestique. Les vignerons ne demandent pas seulement des quotas : ils demandent qu’on reconnaisse leur détresse, que l’État se manifeste visiblement à leurs côtés au moment où ils s’effondrent.
Jusqu’à présent, Berne regarde ailleurs. Et les parcelles de vignes continueront à disparaître des coteaux romands, emportant avec elles un pan de la culture régionale et les rêves d’une profession qui ne sait plus comment survivre.