Le scrutin de dimanche 27 septembre restera comme un moment d’une clarté politique rare. Les Suisses ont enterré l’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse » par un raz-de-marée qui ne souffre aucune nuance : 70,1% de rejet, selon les résultats définitifs. Plus révélateur encore, aucun canton n’a soutenu l’initiative. Même la Suisse alémanique, terres historiques du souverainisme helvétique, a dit non.

En Suisse romande, le résultat atteint des proportions que seule l’époque soviétique aurait connues. Neuchâtel a refusé l’initiative par 75,6%, Vaud par 73%. Les Jurassiens ont refusé à 71,8% et les Fribourgeois à 71,1%. Cette uniformité masque pourtant une réalité politique complexe. L’initiative, lancée par les milieux proches de la droite conservatrice, visait à ancrer dans la Constitution une conception rigide de la neutralité, celle que la Confédération avait progressivement abandonnée après l’invasion de l’Ukraine.

Le contexte géopolitique explique partiellement ce rejet massif. Le peuple suisse a réaffirmé son soutien à la façon dont le pays applique sa neutralité depuis l’invasion de l’Ukraine. La volonté d’en inscrire une conception plus stricte dans la Constitution a échoué, notamment car les intentions des soutiens ont suscité des doutes. En clair : les électeurs, même romands pourtant traditionnellement plus attachés au statu quo politique, ont craint que cette rigidification n’enferme la Suisse dans une paralysie diplomatique intenable.

Mais le vote dit aussi autre chose : la fin d’une certaine Suisse. Celle qui aurait pu entendre l’appel d’une redéfinition nationaliste de son rôle. Les électeurs romands ont massivement rejeté l’idée que la neutralité soit un dogme. Une décision qui en dit long sur l’érosion de ce que la droite conservatrice considérait comme une valeur fondatrice.

La Suisse romande, en particulier, s’est montrée sans équivoque. Génération après génération, ses électeurs ont cloisonné l’initiative à des marges électorales ridicules. Cela n’annule pas les tensions qui parcourent le pays sur son rôle international, mais il suggère une acceptation pragmatique : mieux vaut une neutralité flexible et crédible qu’une neutralité abstraite et dangereuse. Dimanche, la Suisse a tranché en faveur du doute méthodique sur sa propre histoire.

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