La Suisse fait face à un tournant économique préoccupant. Le Groupe d’experts de la Confédération pour les prévisions conjoncturelles a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, tablant désormais sur 0,9%, un chiffre qui révèle l’ampleur de la déstabilisation en cours. Il y a peu, les économistes prévoyaient encore une croissance plus solide. Le changement d’horizon est brutal.
La crise au Proche-Orient et au Moyen-Orient pousse les prix de l’énergie à la hausse et freine l’économie mondiale, mais le vrai problème vient d’ailleurs. Les perspectives de croissance s’assombrissent pour l’économie suisse, plombée par les nouveaux droits de douane américains. Le PIB devrait progresser de 0,9%, soit 0,6 point de pourcentage de moins que prévu.
Ces tarifs douaniers représentent bien plus qu’une simple perturbation statistique. Compte tenu de l’importance pour la Suisse de l’industrie pharmaceutique, qui représente près de la moitié des exportations suisses vers les États-Unis, l’introduction de droits de douane sur les produits pharmaceutiques en 2026 frappera durement le pays. Le secteur pharma, colonne vertébrale de l’économie helvétique, subit de plein fouet ces nouveaux obstacles commerciaux.
L’emploi s’affaiblit à vue d’œil
Sur le marché du travail, les signaux tournent au rouge. Pour 2025, le KOF prévoit une croissance de l’emploi de seulement 0,3%, sa plus faible progression depuis 2020. En 2026, la croissance de l’emploi atteindrait 0,5%, un niveau toujours modeste. Ces chiffres tranchent drastiquement avec la période de créations massives d’emplois qui a marqué les années précédentes.
Selon le Secrétariat d’Etat à l’économie, le taux de chômage devrait grimper à 3,2% d’ici 2026. Pour une Suisse habituée à un marché du travail extrêmement tendu, cette progression est alarmante. Les travailleurs qui jouissaient d’une grande mobilité professionnelle découvrent progressivement les limites d’une économie ralentie par la contraction mondiale.
Suisse romande: première ligne de tir
L’heure de vérité approche pour la Suisse romande. Après deux décennies de prospérité grâce à la mondialisation, la Suisse romande découvre désormais le revers de la médaille. La vague protectionniste menace directement ses exportateurs et freine sa croissance. Longtemps célébré comme le moteur de la prospérité régionale, le libre-échange revèle son caractère cyclique et fragile.
Les fragilités structurelles, jusqu’à présent masquées par une conjoncture favorable, resurgissent. L’économie suisse se montre pour l’instant résiliente, mais des fragilités structurelles pourraient menacer la prospérité future. Les entreprises romandes, fortement dépendantes des marchés extérieurs, devront se réinventer rapidement sous peine de licenciements massifs.
Pour les cantons romands, l’enjeu n’est plus d’optimiser une croissance généreuse, mais de préserver l’emploi dans un contexte où chaque point de PIB devient précieux. Les années de vaches maigres commencent.