Les patients âgés et le personnel soignant des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) endurent des conditions de travail et de soin intenables depuis le début de la canicule. Dans les bâtiments anciens dépourvus de climatisation et à ventilation précaire, la température intérieure atteint régulièrement 30 degrés Celsius. Le personnel médical continue d’assurer les soins dans ces conditions oppressantes, tandis que les patients vulnérables paient un lourd tribut à cette inertie institutionnelle.

Un problème structurel depuis longtemps ignoré

La situation aux HUG n’est qu’un symptôme d’une crise plus large qui touche les structures sanitaires romandes. Les syndicats de travailleurs de la santé tirent la sonnette d’alarme, avertissant que les employés “s’épuisent dans la chaleur, ce qui menace directement la sécurité des patients”. Une action de protestation était prévue lundi à l’Hôpital des Trois-Chêne, mais cette mobilisation ne résout que temporairement un dysfonctionnement bien plus profond.

Les responsables savaient depuis des années que les bâtiments historiques de Genève manquaient des installations élémentaires pour garantir le confort et la sécurité des patients. Pourtant, aucun programme de rénovation d’ampleur n’a été enclenché. Les décideurs ont cru pouvoir naviguer les vagues de chaleur successives sans investir massivement dans la modernisation climatique. Cette négligence organisée expose une fracture dans la gestion des ressources publiques : la santé romande craque sous le poids d’infrastructures obsolètes.

Les victimes : les plus fragiles

Ce sont naturellement les personnes âgées et immunodéprimées qui payent le prix le plus élevé. La chaleur intense dans les salles perturbe les processus de récupération, accélère la déshydratation et complique le suivi thérapeutique. Pour le personnel, l’épuisement physique et mental s’accumule jour après jour, dégradant la qualité des soins et augmentant le risque d’erreurs médicales. Une infirmière brûlée après dix heures de service en chaleur suffocante n’offre pas les mêmes garanties de vigilance qu’une professionnelle travaillant dans des conditions acceptables.

À cela s’ajoute un enjeu d’équité : les hôpitaux romands mieux équipés, en Valais ou en région lémanique, disposent souvent de systèmes de climatisation fonctionnels, tandis que le plus grand établissement du canton de Genève reste à la traîne. Cette disparité renforce les inégalités de santé publique, redoutées par tous les systèmes sanitaires modernes.

Une urgence budgétaire qui ne peut plus attendre

Les investissements en climatisation et rénovation thermique ne sont pas une option de luxe, mais une nécessité de santé publique à part entière. Les vagues de chaleur ne disparaîtront pas ; elles s’intensifieront. Les données climatologiques le confirment chaque année davantage. Continuer à faire fonctionner des hôpitaux sans protection adéquate face aux extrêmes thermiques relève de l’irresponsabilité publique.

Le silence prolongé des autorités cantonales et du Conseil d’État genevois sur ce sujet révèle une hiérarchie des priorités contestable. Pendant ce temps, les syndicats continuent de sonner l’alarme, les patients âgés souffrent, et les soignants épuisés envisagent des changements de carrière. La crise n’attend pas les rapports d’experts ou les consultations sans fin. Elle exige une mobilisation budgétaire immédiate et un plan de rénovation accéléré pour tous les bâtiments hospitaliers romands.

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