L’horlogerie suisse entretient une image immuable de prospérité. Or ce vernis craque. Plusieurs marques horlogères sont en difficulté, telles que Zenith, Breitling, Chopard ou Montblanc, tandis que les RHT se multiplient et des emplois sont menacés.
Les chiffres officiels d’exportation rassurent: les exportations horlogères suisses progressent de 2,7% en 2026. Mais c’est une arithmétique trompeuse. Pendant que quelques maisons de prestige ultra-hautes gammes tirent le marché vers le haut, les fondations s’effondrent. Tandis que les modèles sous les 500 francs s’effondrent sur dix ans, ceux de plus de 3000 francs continuent de croître.
La faillite la plus criante se dessine chez Zenith. Selon le consultat horloger 100 emplois sont menacés chez Zénith, soit plus de la moitié de ses effectifs. Ce n’est pas un cas isolé: Breitling, Chopard et Montblanc procèdent à des réductions d’effectifs parallèles.
L’omerta industrielle
Pendant longtemps, le secteur a maintenu un silence assourdissant sur ses difficultés. Cette stratégie de l’autruche commence seulement à se fissurer. Des voix brisent l’omerta, notamment celle des acteurs locaux confrontés quotidiennement aux réalités du marché.
Patrick Saegesser, bijoutier valaisan et distributeur de grandes marques, ne mâche pas ses mots. Derrière ces parkings vides, il y a des emplois, des familles, des savoir-faire et parfois des générations entières de compétences industrielles menacées. Son diagnostic va au cœur de la question: le secteur du luxe horloger suisse n’investit plus qu’en façade, oubliant que sa force reposait sur des écosystèmes locaux et des emplois ancrés territorialement.
Les raisons du déclin
L’explication tient en grande partie à l’effondrement de Swatch. L’effondrement des volumes des montres moins chères s’explique en bonne partie par la chute des volumes de la marque Swatch ces dix dernières années. Swatch était le socle de la démocratisation horlogère suisse; sa débâcle a creusé un vide que ni les petits manufacturiers ni les maisons traditionnelles n’ont su combler.
Résultat: un secteur bipolaire. Quelques géants comme Rolex maintiennent des volumes impressionnants. Le reste? Fragile, en consolidation, et licencieur sur tous les fronts.
La Suisse romande, berceau historique de cette industrie, subit de plein fouet ces mutations. Genève, Vallée de Joux, Neuchâtel: les piliers de la manufacture horlogère font face à un véritable tremblement. Et pendant ce temps, Berne regarde ailleurs, célébrant une croissance nationale étriquée, tandis que des régions entières perdent des décennies de savoir-faire industriel.