La caisse d’assurance-chômage suisse s’effondre. Après des années d’excédents, elle a enregistré une perte historique de 249 millions de francs en 2025. Un dérapage spectaculaire qui révèle l’ampleur de la détérioration du marché du travail, alors que les autorités fédérales minimisent les risques et esquivent les réformes structurelles de fond.
Un gouffre financier sans précédent
L’assurance-chômage suisse a enregistré une perte de 249 millions CHF en 2025, contre un excédent de 1,43 milliard CHF en 2024. Ce basculement en quelques mois témoigne d’une crise bien réelle, même si Berne préfère communiquer sur des taux de chômage officiels présentés comme « stables ». Or cette stabilité affichée masque une dégradation continue des protections sociales et une augmentation préoccupante des demandeurs d’emploi de longue durée qui épuisent leurs droits.
Le système d’assurance-chômage repose sur un équilibre fragile entre cotisations patronales et salariées, et dépenses d’indemnisation. La crise actuelle révèle que cet équilibre s’est rompu. Les entreprises réduisent leurs effectifs, les licenciements collectifs se multiplient depuis 2023, et les allocations versées dépassent désormais les rentrées. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral et les cantons attendent passivement, refusant des mesures réelles.
Tensions sur les protections du travail
Simultanément, la majorité de droite au Parlement esquisse des réformes qui menacent directement les salaires minimums. Les syndicats suisses ont déposé suffisamment de signatures pour s’opposer à une modification législative prévoyant que les salaires fixés par les conventions collectives de travail (CCT) prévalent sur les salaires minimaux cantonaux. Autrement dit, une tentative sournoise de contourner les protections salariales en laissant les CCT les affaiblir, sans recours possible pour les travailleurs les plus vulnérables.
En Suisse romande, ce double mouvement défensif est particulièrement dévastateur. Les régions romandes, déjà fragilisées par des vagues de suppressions d’emplois, l’effondrement de certains secteurs agricoles et l’austérité publique, voient leurs protections sociales se désagréger au moment même où le besoin s’accroît. Le déficit de l’assurance-chômage annoncerait-il une nouvelle vague de réductions de droits ou d’augmentations de cotisations qui, comme chaque fois, frappent d’abord les salariés?
Changement au sommet : Parmelin s’en va
Après 11 années passées au Conseil fédéral, Guy Parmelin, actuellement président de la Confédération pour 2026 et conseiller fédéral à l’économie, a annoncé qu’il quitterait le gouvernement à la fin de l’année. Son départ de la Direction de l’économie intervient dans un contexte de tensions croissantes sur l’emploi et les salaires. Nul ne sait encore qui reprendra ce portefeuille stratégique, ni si la nouvelle équipe économique osera rompre avec l’immobilisme qui caractérise la politique fédérale depuis deux ans.
Le message des chiffres est pourtant sans équivoque : la Suisse ne peut pas continuer à gérer les crises sociales en faisant semblant de les ignorer. Une caisse d’assurance-chômage en déficit de 249 millions, des syndicats obligés de mobiliser contre des réformes dégradant les salaires minimums, une Suisse romande exsangue : voilà la vraie réalité économique. Berne, elle, change de ministre en espérant que tout s’arrangera seul.