Tamedia enfonce encore le clou. Le groupe zurichois annonçait le 5 octobre une nouvelle vague de suppressions d’emploi : 34 postes au total seront éliminés. En Suisse romande, où le groupe édite les titres majeurs comme 24 heures, Bilan et Le Matin dimanche, neuf journalistes et collaborateurs se retrouvent à la porte. Sans débat public, sans stratégie communiquée, juste un chiffre tombant d’une direction distante.

La Romandie exsangue

Ces suppressions interviennent dans un contexte où la presse romande étouffait déjà. Les réductions budgétaires successives ont miné la capacité d’investigation locale. Tamedia, propriétaire des organes d’information majeurs du territoire, façonne les priorités rédactionnelles depuis Zurich. Chaque suppression de poste affaiblit la couverture des enjeux régionaux et affecte directement le pluralisme dont les citoyen·nes ont besoin pour se forger une opinion autonome.

Les neuf postes supprimés en Romandie représentent bien plus qu’un simple ajustement comptable : c’est de la capacité journalistique concrète qui disparaît, des enquêtes qui ne seront pas menées, des voix qui ne seront pas entendues.

Un monopole qui se renforce

Pendant que Tamedia se restructure, sa position sur le marché romand reste dominant. Le groupe contrôle les journaux généralistes incontournables. Avec moins de ressources et d’ambition éditoriale, la presse de qualité indépendante se raréfie. Les alternatives locales, souvent financées par des initiatives bénévoles ou précaires, luttent pour exister.

Cette dynamique fragilise le droit à l’information dans une démocratie. La presse, c’est le contrepoids à la communication officielle, l’espace où les scandales remontent, où les inégalités sont documentées, où les gouvernants doivent rendre compte. Quand elle s’érode, c’est la transparence qui recule.

Les ciseaux du commerce

Tamedia justifie ces réductions par la pression économique : la publicité numérique ne suffit plus à financer des rédactions pléthoriques. C’est vrai. Mais cette réalité n’absout pas le groupe d’avoir choisi de concentrer ses coupes en Romandie, région déjà affaiblie, plutôt que de réinventer son modèle éditorial.

Le message envoyé est clair : la presse régionale n’est plus une priorité quand il faut équilibrer les comptes. Les lecteurs romands continuent de consommer ces journaux, d’y trouver des infos vitales. Mais moins il y a de journalistes pour les produire, plus ces infos seront superficielles, tardives ou, pire, absentes.

Il n’existe aucune perspective de compensation. Les autorités helvétiques laissent faire. Aucune politique de soutien à la presse locale n’existe réellement. Pendant ce temps, Tamedia se restructure comme un bon gestionnaire, les rentabilités augmentent ailleurs, et la Romandie perd progressivement ses yeux.

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