Politique agricole 2030 : le Conseil fédéral mise sur l’autonomie alimentaire, le secteur paysan reste prudent

Le 2 septembre 2026, le Conseil fédéral a ouvert la consultation sur la Politique agricole à partir de 2030 (PA30+). Cette refonte majeure intervient dans un contexte agricole délicat, marqué par une sécheresse historique et des tensions commerciales grandissantes. Le timing est révélateur des défis que la Suisse doit relever pour garantir sa capacité alimentaire.

Une volonté affichée de renforcer l’indépendance alimentaire

Dans la PA30+, le gouvernement entend accroître la sécurité alimentaire de la Suisse. Pour atteindre cet objectif, il compte offrir une plus grande marge de manœuvre entrepreneuriale aux agriculteurs ainsi qu’augmenter la création de valeur et l’efficience dans l’utilisation des ressources. En apparence, une approche équilibrée. Mais les contours réels de cette stratégie demeurent flous, et le secteur attend des détails concrets.

La notion de « responsabilité partagée » apparaît centrale dans le projet gouvernemental. L’agriculture assumera, avec les transformateurs de denrées alimentaires, le commerce de détail et les consommateurs, davantage de responsabilités pour garantir la durabilité du secteur agroalimentaire. Autrement dit, les agriculteurs ne porteront pas seuls le poids des ajustements écologiques et économiques.

La sécheresse comme urgence climatique

La PA30+ arrive à un moment où le secteur fait face à une crise immédiate. La période entre avril et septembre devrait être la plus sèche depuis le début des mesures en 1864, selon les prévisions de MeteoSwiss. Un fermier interrogé par la RTS redoute que sans eau, les cultures d’automne ne germent, risquant une récolte réduite en 2027. Cette menace n’est pas théorique : elle impacte les revenus agricoles dès aujourd’hui.

Face à cette situation, la Confédération a débloqué une partie de ses stocks de fourrages protéagineux. Un geste d’urgence, mais qui rappelle aussi les limites de la planification lorsque la nature déraille.

L’accord Mercosur complique la donne

La PA30+ s’élabore en arrière-plan d’une bataille politique intense autour de l’accord de libre-échange Suisse-Mercosur. L’accord de libre-échange Suisse-Mercosur divise le Parlement fédéral après son rejet au Conseil national en juin 2026. Si les entreprises helvétiques économiseront plus de 150 millions de francs par an en frais de douane, le monde agricole suisse craint d’en faire les frais.

Pour tenter de ramener l’aile paysanne à la table des négociations, le Conseil des États tente de sauver le texte avec un plan de soutien à l’agriculture de plus de 500 millions de francs. C’est un indice clair : le gouvernement reconnaît que les paysans ont des raisons légitimes de s’inquiéter. Un prochain référendum populaire sur le sujet est très probable.

Déclin structurel et révision difficile

Au-delà des aléas climatiques et commerciaux, le secteur agricole suisse traverse une transformation structurelle profonde. En 2000, le pays comptait 70’000 exploitations. En 2025, il n’en reste que 46’000. Cette concentration affecte aussi la composition du secteur : 58% des fermes suisses se concentrent sur l’élevage bovin pour produire du lait ou de la viande.

La politique agricole 2030 doit donc adresser cette fragilité grandissante. Le Conseil fédéral affirme vouloir renforcer la marge de manœuvre entrepreneuriale, mais les paysans peinent à croire aux promesses de marge bénéficiaire, face à des coûts de production à la hausse, des conditions météorologiques imprévisibles, et à présent un gouvernement qui négocie l’ouverture de leur marché protégé.

Une consultation de quatre mois pour redessiner l’agriculture

La procédure de consultation durera jusqu’au 8 décembre 2026. Quatre mois pour récolter les avis du terrain, des cantons, des organisations paysannes. C’est court pour refondre une politique qui s’étend à l’horizon 2030 et au-delà. Mais c’est aussi une opportunité pour que les acteurs du secteur, fragilisés par la sécheresse actuelle et menacés par le Mercosur, fassent entendre un plaidoyer franc pour une agriculture durable, profitable et souveraine.

Le gouvernement a choisi l’autonomie alimentaire comme leitmotiv. La vraie question, celle que les agriculteurs poseront pendant la consultation, est simple : comment y parvenir quand on ouvre les portes à la concurrence sud-américaine, en plein changement climatique, et en demandant aux paysans de supporter seuls les transitions écologiques ?

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