Une œuvre en binôme: l’album et le documentaire
I Love You, I Leave You n’est pas un simple album. Il sert de bande sonore à un documentaire réalisé par Moris Freiburghaus, ami de Dino Brandão, dont la sortie en Suisse romande est prévue en mars 2026. Le film, déjà diffusé en Suisse alémanique, suit le chanteur argovien lors d’un voyage en Angola, pays d’origine de son père, après plus de vingt ans d’absence.
L’ouvrage musical, composé de huit titres, reflète cette expérience personnelle, aussi intense que chaotique, et a été conçu parallèlement au tournage du film, dans une dynamique de type ping-pong artistique. Les deux œuvres se nourrissent mutuellement et s’influencent l’une l’autre dans ce processus créatif.
Le chanteur mêle plusieurs langues – portugais, anglais et suisse allemand – et varie les ambiances, allant des morceaux festifs à des pièces plus expérimentales ou mélancoliques.
Thème central: l’amitié, la bipolarité et la sincérité
Le titre I Love You, I Leave You renvoie à l’idée d’amitié et aux instants où il peut être nécessaire de se quitter pour se protéger et se sauver soi-même. Cette dualité traverse l’album comme le film, et l’artiste aborde ouvertement sa bipolarité, oscillant entre phases maniaques et périodes dépressives.
L’artiste se révèle sans fard, tant dans le film que dans sa musique. Pour lui, cette transparence est libératrice: « Pour moi, c’est utile et important d’en parler. » Cette démarche semble trouver un écho auprès du public lors des projections.
Sur le plan musical, Brandão passe de l’impulsivité à la maîtrise, en affirmant: « Je crée comme un enfant et j’édite comme un professionnel. » Cette approche lui permet de canaliser ses émotions tout en conservant l’authenticité et la liberté formelle de son expression.
Origines, identité et folie créative
L’album aborde aussi les liens complexes avec ses origines angolaises et l’histoire de son père, ancien enfant-soldat et musicien. La musique devient un moyen privilégié de communication entre eux: « C’est lui qui m’a appris que les notes communiquent entre elles. C’est ça la musique: des paroles, des phrases ou des notes qui parlent ensemble. »
Le projet questionne aussi la notion de folie dans la créativité. Brandão insiste sur l’importance du langage employé pour décrire ce phénomène: « Ça change beaucoup la manière dont on se voit soi-même. Il y a vraiment des moments où on se perd, on perd pied, on perd de vue la réalité. Et composer permet de soigner, de retrouver une nouvelle réalité. » Il remarque que les perceptions varient selon les lieux: en Suisse, on le décrit comme fou, tandis qu’en Angola on le voit comme intelligent et en lien avec les esprits.
Propos recueillis par Anne Laure Gannac. Adaptation web: Olivier Horner.
Dino Brandão, I Love You, I Leave You, publié par Two Gentlemen, le 6 novembre 2025. Le documentaire de Moris Freiburghaus est sorti dans les salles alémaniques le même jour et sera projeté en Suisse romande en mars 2026.