Genève saigne depuis que Donald Trump a repris la présidence américaine en janvier 2025 et a réduit le financement des agences de l’ONU. La capitale mondiale a déjà perdu plus de 2 800 emplois en raison de ces coupes budgétaires, révélant les fragilités structurelles d’une économie locale trop dépendante d’une seule institution.
Genève entretient depuis plus d’un siècle une relation presque symbiotique avec les institutions onusiennes. Des milliers d’employés directs et indirects gravitent autour des organisations internationales : secrétaires, traducteurs, personnels administratifs, consultants, mais aussi restaurateurs, prestataires de services, chauffeurs de taxi. C’est un écosystème économique entièrement construit sur cette présence.
Les chiffres communiqués ces derniers jours parlent d’eux-mêmes. Plus de 2 800 postes supprimés : c’est l’équivalent d’une petite entreprise qui ferme, puis une autre, puis une troisième. Pour une région comme Genève, c’est une blessure économique sérieuse. Le ministère suisse des Affaires étrangères minimise l’impact, estimant que le nombre de suppressions serait « moins important » que prévu. Rassurant sur le papier, cynique en pratique : même atténué, le chiffre reste catastrophique.
La fragilité d’une économie monolithique
Ce qui révèle cette crise, c’est le manque total de diversification économique genevoise. Une ville cosmopolite, riche en talents et en infrastructure, s’est laissée hypnotiser par l’argent onusien. Les secteurs alternatifs, biotech, finance privée, tourisme de qualité, existent mais restent sous-développés. Lorsqu’un unique client représente une part si importante de la vie économique locale, la moindre décision politique à Washington devient un tremblement de terre à Genève.
Trump n’a jamais caché son mépris pour les organisations multilatérales. Ses coupes budgétaires ne sont pas accidentelles : c’est une stratégie délibérée d’affaiblissement de l’architecture internationale. Pour les fonctionnaires genevois, c’est irrélevant. Ils paient le prix d’une réalignement géopolitique mondial sur lequel ils n’ont aucun contrôle.
Réactions tardives, dégâts réels
Les autorités cantonales et municipales commencent à peine à réagir. Des plans de soutien à l’emploi, des mesures de formation, des appels timides à la diversification : tout cela arrive avec des mois de retard. Entre-temps, des familles reçoivent leur avis de licenciement.
Cette situation confronte la Suisse romande à une vérité inconfortable : la neutralité bienveillante envers les grandes puissances n’offre aucune protection lorsque ces puissances décident unilatéralement de réécrire les règles. Genève a cru pouvoir prospérer simplement en accueillant, en restant neutre, en servant. Les faits montrent que cela ne suffit pas.
Il faudra des années pour corriger cette dépendance excessive. D’ici là, ce sont les salariés genevois qui encaissent.