Le 27 septembre, les Suisses trancher sur deux questions apparemment distinctes. Mais pour qui lit au-delà des bulletins, c’est une seule interrogation qui se pose: la Suisse est-elle gouvernable? Et peut-elle encore nourrir ses habitants?
L’initiative pour une alimentation sûre propulse un objectif simple: porter l’autosuffisance alimentaire de 46% à 70%. Concrètement, cela veut dire produire l’essentiel de ce qui remplit nos assiettes. Favoriser les cultures végétales. Réduire la dépendance envers les importations massives qui font la vulnérabilité de la Suisse romande lors des crises.
Sur le papier, c’est une proposition logique. Dans un contexte de changement climatique qui met en péril les éleveurs romands depuis des années, d’une volatilité des échanges commerciaux qui a déstabilisé la viticulture suisse, de dépendance agricole exposée par chaque crise, l’autosuffisance alimentaire semble même élémentaire. Or, elle cristallise un clivage que le pays tente désespérément de nier.
D’un côté, ceux qui voient dans cette initiative la reconquête d’une souveraineté érodée. De l’autre, ceux qui défendent le libre-échange et plaident que la Suisse ne peut prospérer qu’intégrée aux flux mondiaux. C’est le vieux débat qui paralyse la Suisse depuis le fiasco du Conseil national sur l’accord commercial Suisse-Royaume-Uni. C’est aussi le débat qui a provoqué l’abandon du protectionnisme viticole par Parmelin.
Sauf que le temps joue contre les atermoiements. Les alpages se vident, les paysans romands réduisent leurs troupeaux, les prix de l’immobilier agricole s’envolent. Chaque été apporte sa moisson de dégâts: sécheresse, incendies, crises en cascade. Et le système alimentaire suisse n’en devient que plus fragile, pas plus fort.
L’initiative ne propose pas de panacée. Mais elle pose la vraie question que Berne refuse d’affronter: quand accepterons-nous qu’un pays qui ne nourrit que 46% de sa population vit sur du sable? Que chaque rupture de supply chain, chaque sanction commerciale, chaque crise climatique nous menace directement?
Les grands lobbies agricoles s’opposeront. Les libre-échangistes dénonceront le protectionnisme. Les cantons continueront de tirer chacun de leur côté. Et le 27 septembre, la Suisse votara probablement non, comme elle vote toujours non aux questions qui l’obligeraient à se réinventer. Pendant ce temps, les récoltes continueront de diminuer, les paysans de partir, et la Suisse romande restera prisonnière d’une intégration commerciale qui ne la nourrit pas.