Le 2 septembre 2026, le Conseil fédéral a ouvert le dossier des prochaines orientations agricoles. La Politique agricole à partir de 2030, dite PA30+, représente bien plus qu’une simple reconduction de mesures existantes. Elle incarne un tournant potentiel pour une Suisse romande fragilisée par les crises climatiques et commerciales successives.

Cette nouvelle approche repose sur trois piliers. D’abord, accroître la sécurité alimentaire suisse. Ensuite, offrir davantage d’autonomie entrepreneuriale aux agriculteurs. Enfin, augmenter la création de valeur et l’efficience dans l’utilisation des ressources. Autrement dit, moins d’État dirigiste, plus d’initiative locale, davantage de durabilité.

Une réaction aux impasses précédentes

Ce calendrier n’est pas anodin. La Suisse romande sort d’une période tumultueuse : sécheresse prolongée imposant l’abandon anticipé d’alpages, crise viticole profonde malgré les tentatives protectionnistes de Karin Keller-Suttter, débacle du plan Parmelin incapable de réconcilier producteurs et négociants. Face à ces débâcles, le Conseil fédéral semble avoir compris qu’un modèle agricole fondé sur l’interdiction ou la restriction ne pouvait perdurer.

La PA30+ s’inscrit donc en rupture avec la logique d’encadrement maximal. Au lieu de conditionner les importations ou d’ériger des barrières, Berne entend élargir les marges de manœuvre des exploitants. Une philosophie qui fait écho aux demandes répétées des agriculteurs romands, particulièrement exposés aux tensions commerciales (accord avec la Grande-Bretagne, concurrence viticole internationale) et aux chocs climatiques.

L’autonomie alimentaire, un enjeu de stabilité politique

L’accent mis sur la sécurité alimentaire constitue également un signal politique fort. La Suisse importe environ 55 % de son alimentation. Renforcer la capacité de production locale sans renchérir les prix n’est pas une tâche simple, mais elle reflète une préoccupation croissante face aux fragilités de l’approvisionnement international.

Pour la Romandie, déjà engagée dans la votation du 27 septembre sur l’initiative alimentaire, ce dossier converge avec des débats existants. Paysans, consommateurs, et décideurs régionaux attendront de voir si la PA30+ offre réellement une alternative crédible aux impasses précédentes.

La consultation s’amorce. Elle déterminera si le Conseil fédéral saura transformer un constat d’échec en véritable opportunité pour une agriculture romande plus résiliente et prospère.

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