Debout avant l’aube, des centaines de supporters suisses se sont rassemblés vendredi dans divers lieux du pays, de Lausanne, à Nyon en passant par Genève et Sion, pour encourager la Nati en 16e de finale contre l’Algérie. Leur fidélité vient d’être récompensée: les Suisses se sont qualifiés pour les 8es de finale en battant l’Algérie 2-0 à Vancouver, grâce à des buts de Breel Embolo (10e) et Dan Ndoye (46e).
Rompre avec une malédiction
Face à leur ancien sélectionneur Vladimir Petkovic, les Suisses ont assumé leur statut et leurs ambitions pour enfin remporter un match à élimination directe dans une Coupe du monde moderne. Ce détail résume tout: ce n’est “que” un 16e de finale, mais il brise une chaîne de défaites et d’éliminations prématurées qui a longtemps pesé sur l’équipe nationale. Murat Yakin avait opté pour un onze résolument offensif, avec Johan Manzambi en soutien du trio Ndoye-Embolo-Vargas, lâchant ainsi les chevaux plutôt que de se réfugier dans la prudence habituelle.
Ce qui s’est joué sur le terrain de BC Place à Vancouver dépasse le simple enjeu sportif. La Suisse a affronté un adversaire que beaucoup regardaient avec une certaine inquiétude. Les médias suisses relèvent certaines fragilités dans le parcours des Verts, notamment sur le plan défensif, mais reconnaissent la faculté de l’équipe algérienne à réagir dans les moments difficiles et à se montrer dangereuse en contre-attaque. Malgré ces avertissements, la Nati a controlé le match et neutralisé les éclairs algériens.
Une rigueur retrouvée
En contrôle jusqu’à la 40e, la Suisse a laissé l’Algérie se montrer dangereuse avant la mi-temps, mais la pause a permis aux hommes de Murat Yakin de retrouver leurs esprits. Et comme face au Canada, ils ont entamé la deuxième période en faisant trembler les filets. Cette capacité à reprendre les mains après les mises en garde arbitrales porte un nom: c’est l’expérience.
Bien dirigés par un Granit Xhaka qui fêtait sa 150e sélection, les Suisses ont ensuite fait usage de leur expérience pour conserver leur avantage jusqu’au coup de sifflet final. Nulle débauche de nerfs, nulle panique. Juste une exécution méthodique, celle qui caractérise l’image que la Suisse souhaite projeter: fiable, professionnelle, imparable quand elle se concentre.
Un ressort national
Ce succès portera une charge émotionnelle au-delà du seul résultat. Un supporter dans la fan zone de Sion a relevé qu’il y avait plein de gens de tous les âges, ce qui montre que toute la Suisse est soudée quand il y a la Coupe du monde. Dans un contexte où les débats politiques et sociaux peuvent être clivants, le sport national devient un espace où l’unité refait surface, ne serait-ce que quelques heures.
La troupe de Yakin affrontera mardi la Colombie ou le Ghana pour une place en quart de finale, son objectif annoncé. Mais d’ores et déjà, cette victoire symbolise un tournant: la Suisse assume ses ambitions, ne se pose plus la question de “comment ne pas perdre”, mais bien celle de “comment gagner”. Cette mentalité, enfin débarrassée des chaînes du doute, pourrait mener plus loin que quiconque ne l’imaginait.