La Suisse a perdu sa première place au classement mondial de la compétitivité, Singapour la détrônant. Cette perte s’explique principalement par un net recul de la performance économique, tandis que le pays doit simultanément faire face à des mesures protectionnistes directes de ses partenaires commerciaux.
L’Union européenne a réduit de 33 pour cent les volumes d’acier importés en franchise de droits depuis la Suisse dès juillet 2026, et les droits de douane sur l’acier passent de 25 pour cent à 50 pour cent pour protéger la production européenne face à la concurrence internationale. La Suisse n’a pas obtenu d’exemption, contrairement aux pays de l’EEE comme la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein.
Ce double coup, survenant en début d’été, expose les fragilités structurelles de l’économie helvétique. Le Groupe d’experts du gouvernement fédéral en matière de conjoncture a révisé légèrement à la baisse ses prévisions de croissance économique en Suisse, prévoyant une croissance de 1,0 pour cent en 2026, suivie de 1,7 pour cent en 2027. Ces chiffres reflètent une réalité inconfortable : le moteur suisse fonctionne désormais au ralenti.
La guerre au Moyen-Orient fait monter les prix de l’énergie et augmente davantage l’incertitude, affectant directement les secteurs exportateurs. Or, la Suisse dépend lourdement de ses ventes à l’étranger. Les entraves tarifaires européennes ne sauront que renforcer cette pression sur les industriels suisses, qui voient leur accès aux marchés se réduire au moment où la demande globale ralentit.
La perte du statut de champion incontesté de la compétitivité revêt une portée symbolique majeure. Pendant des années, ce classement incarnait la force du modèle suisse, son efficacité administrative, sa qualité de vie et sa capacité d’innovation. Que Singapour le supplante signale un basculement dans les équilibres économiques mondiaux dont la Suisse, fortement insérée dans les chaînes de valeur globales, ne peut rester indemne.
Les manufacturiers suisses, notamment dans la mécanique de précision et l’acier, connaîtront probablement les premières frictions. Les petites et moyennes entreprises, moins bien armées pour absorber les surcoûts tarifaires ou diversifier leurs débouchés, risquent de souffrir davantage. Cela pourrait exercer une pression à la hausse sur les coûts pour les consommateurs finaux et fragiliser l’emploi dans les régions dépendantes de ces secteurs traditionnels.
Reste que la situation n’est pas irrémédiable. La Suisse dispose encore d’atouts solides : une industrie pharmaceutique florissante, un secteur financier robuste et une main-d’œuvre qualifiée. Mais ces jours de croissance facile sont révélus. L’époque exige davantage d’agilité, d’investissement dans la recherche et le développement, et une stratégie réfléchie de diversification économique. Le message de la conjoncture est clair : l’autocomplacence n’a plus sa place.