La Commission nationale de prévention de la torture (CNPT) a publié lundi un rapport alarmant sur l’état des prisons suisses. Selon ce dernier, la surpopulation carcérale en Suisse porte atteinte aux droits fondamentaux des détenus. Un diagnostic qui mérite l’attention à une époque où la pénalité est devenue un élément central des débats politiques.

Un problème structurel qui s’aggrave

La CNPT, institution indépendante mandatée pour contrôler les conditions de détention, met en lumière une réalité cruelle : en 2025, la Commission s’est intéressée aux conséquences de la surpopulation carcérale sur les conditions de détention des personnes détenues, et compte tenu des taux d’occupation élevés dans différents établissements de Suisse, la Commission tient à présenter dans son rapport d’activité les principaux risques que la surpopulation carcérale fait peser sur les droits fondamentaux et les droits humains des personnes détenues.

Ce n’est pas une simple question d’espace manquant. La Commission soulève des enjeux fondamentaux : hygiène, accès à la santé, intimité, dignité. Ces droits, consacrés par la Convention européenne des droits de l’homme dont la Suisse est signataire, sont progressivement sapés par le manque de place.

Créer des places ne suffit pas

Face à cette crise, une tentation existe : construire plus de prisons. C’est une réaction instinctive, mais la CNPT le met clairement en garde. Créer de nouvelles places de détention ne suffit pas, il faut une stratégie globale pour réduire le nombre d’incarcérés.

Cette recommandation passe largement inaperçue des débats publics. Or elle dénote une compréhension profonde du problème : il ne s’agit pas simplement d’ajouter des cellules, mais de repenser la pénalité elle-même. Réduction des peines, amélioration des conditions de libération conditionnelle, meilleure utilisation des alternatives à l’incarcération, travail d’insertion sociale : autant de pistes que le rapport sous-entend, sans les formuler explicitement.

Une Suisse confortée dans sa prison carcérale

La Suisse, souvent présentée comme un modèle de respect des droits humains, ne déroge pas à une tendance mondiale : l’augmentation des taux d’incarcération. Derrière ce phénomène se cachent des choix politiques. La législation s’est durcie ces dernières années, particulièrement sous la pression de campagnes électorales. Les peines incompressibles se multiplient, tandis que les mesures alternatives stagnent.

Le système carcéral suisse, tout honorable qu’il soit comparé à d’autres pays, reste une machine coûteuse, peu efficace sur le plan de la prévention de la récidive, et éthiquement problématique dès lors qu’il lèse les droits fondamentaux.

Un appel discret mais ferme

La publication du rapport de la CNPT n’a pas provoqué le tolle politique qu’on aurait pu attendre. Peu d’élus ne s’en sont saisis, alors qu’il s’agit d’une critique frontale de l’état du système. Peut-être parce que la prévention de la torture, même quand elle est reconnaissable dans ses formes modernes et invisible, reste un sujet moins populaire que la fermeté pénale.

Pourtant, le message est clair : la Suisse doit changer de cap. Non par humanitarisme abstrait, mais parce que l’État de droit, qu’il prétend respecter, l’y oblige. Une Suisse qui enferme sans respecter la dignité de ceux qu’elle enferme n’est plus la Suisse des valeurs affichées.

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